Pétole et patience

Petole photo Serge BRIEZ

La pétole avec un moteur en bon état de marche, en pleine mer avec un horizon libre de toute terre, nous en avons parlé, est un moment de paix et de grâce entre 2 coups de vents, et il ne faut surtout pas rechigner à profiter de ce moment de calme et de béatitude. Il en est tout autrement, lorsque le moteur fait des siennes.

Une journée de pétole, sans moteur est un exercice de patience très difficile pour les nerfs, le bateau n’avance pas et on n’ose pas vérifier qu’il n’est pas plutôt en train de reculer de peur de ne pas tenir les nombreuses heures qu’il vous reste à attendre en espérant que le vent veuille bien vous délivrer de cette longue, très longue attente.

Les bruits perpétuels du bateau ballotté par le peu de houle venant du vent que vous venez de quitter, même si vous espérez qu’il vienne du vent que vous allez retrouver, vous mettent les nerfs en pelote. La drisse¹ qui tape le long du mat. les bastaques² qui tapent le long des passes avant. Et alors que vous avez l’impression d’avoir fait le tour de tous ces bruits, le petit noeud fait avec une garcette³ sur la zip du lazy bag et qui inlassablement tape sur la bôme. Vous cherchez d’où peut bien provenir ce bruit de claquement de métal et quand enfin vous avez compris, vous pouvez éprouver le soulagement de bloquer ce petit noeud stupide sous la prise de ris, alors le calme revient.

En pleine mer, à part lorsque vous regardez les instruments, il vous est difficile de mesurer votre avancée, sauf lorsqu’un groupe de Puffins, tranquillement posé sur l’eau attend lui aussi un peu de vent ou quelques poissons. Alors, vous suivez longuement des yeux ce groupe d’oiseaux de mer, qui vous montre à quel point tout effort pour avancer est inutile.

Quand la terre est proche, ce n’est guère mieux. Vous vous épuisez les yeux à apercevoir la silhouette de la côte en vous demandant à quel distance vous pourrez enfin utiliser le téléphone ou la VHF pour prévenir ceux qui vous attendent qu’un jour vous finirez bien par arriver, si le vent veux bien se lever.

Quand le vent est faible et orienté dans votre nez, ce n’est pas la peine de se débattre. C’est le vent ou l’absence de vent que nous avons eu de Mercredi 3h00 du matin, jusqu’à 17h00.

A 16h00, nous avons perçu un fragment d’un bulletin météo spécial sur le canal 16 puis 79. Le bulletin étant émis depuis la Corse, j’étais très inquiète et nous avons donc contacté le CROSS MED pour nous assurer qu’aucun coup de vent n’était prévu dans les prochaines heures. Après une journée sans vent, nous ne tenions guère à nous retrouver dans un avis de grand frais. Encore assez éloigné de la côte, nous avons eu du mal à joindre le CROSS, mais ils nous ont indiqué sur le Canal d’urgence le 16 qu’il s’agissait d’un simple bulletin météo et qu’il n’y avait pas de coup de vent de prévu. A partir de ce moment là, comme nous avons expliqué au CROSS notre situation, ils nous ont contacté presque toutes les heures pour savoir où nous en étions. Ces interludes ont facilité la suite du voyage et largement calmé mes nerfs mis à rude épreuve.

Et puis, vers 17h00, le vent toujours aussi faible décide de tourner à l’Est, Sud Est et donc de venir derrière nous. Merveille des merveilles, nous avons pu tenter le tout pour le tout et déployer largement toutes nos voiles devant le vent. Grand voile sur bâbord et génois tangonné sur tribord, nos plus de 100 m² de voilures ont fait des merveilles, nous avancions enfin à une vitesse de 3 à 5 noeuds et presque dans le cap en plus.

Thera explorer, toutes voiles au vent, photo Serge Briez, Cap médiations 2014
Thera explorer, toutes voiles au vent, photo Serge Briez, Cap médiations 2014

Pour compléter notre bonheur retrouvé, vers 20h00 les dauphins bleus et blancs sont venus nous voir au coucher du soleil. Serge a pris son quart de 21:00 à minuit et à donné rendez vous au CROSS le lendemain matin à 8h00.

Notre stress de la journée s’accompagne d’un nouveau problème, le manque d’énergie, en effet, le groupe électrogène refuse depuis 2 jours de démarrer. Tant que nous avions du vent, du soleil et de la vitesse, entre les panneaux solaires, l’éolienne et l’hydro-génératrice, nous sommes à peu prés parvenus à maintenir un niveau d’énergie suffisant. Mais la nuit arrive, l’absence de vent et la vitesse insuffisante font que nous ne produisons plus d’énergie et nous continuons à en consommer, même après avoir arrêté tout ce qui n’est pas essentiel.

De minuit à 4:00, le vent a fait des siennes. Encalminé de minuit et demi à 4h30, le loch indique une vitesse de 0.5 à 1 noeud pour le bateau avec un vent entre 2 et 4 noeuds. Heureusement que les courants nous sont favorables, mais il ne vaux mieux pas regarder les prévisions du RayMarine, qui annonce encore près de 80h00 de navigation pour pouvoir espérer nous approcher de la côte. Quelques dauphins respirent dans la nuit, cela fait du bien de les entendre, merci à eux de nous accompagner.

Quand Serge prend son quart, il tente une nouvelle fois de lancer le groupe électrogène et là, au miracle il démarre. La nuit sera bruyante, mais les batteries pourront être rechargées et qui sait peut être aurons nous droit demain à une petite douche. Le bonheur est dans les petites choses.

Texte d’Agnès Briez, photos Serge Briez, Cap médiations 2014

 

¹Drisse : Sur un navire à voile, la drisse est un cordage servant à hisser une voile en haut du mat

²Les bastaques relient un point du mât (souvent le capelage d’étai) à l’arrière du bateau, empêchant le mât de basculer vers l’avant. Elles fonctionnent par paires, une sur chaque bord du bateau : en navigation, la bastaque au vent est tendue tandis que la bastaque sous le vent est choquée, pour laisser le passage à la grand’voile. Il faut donc reprendre une bastaque et choquer l’autre à chaque changement d’amure (virement de bord ou empannage). Définition de Wikipédia

³Garcette : Une garcette est un petit cordage court, généralement récupéré par l’équipage sur un cordage plus grand et usé, et qui sert le plus souvent à l’amarrage d’un équipement du bateau (seau, casier, voile, etc.). Dans les temps anciens, une punition de l’équipage était de recevoir des coups de garcette, c’est-à-dire d’être fouetté avec. Définition de Wikipédia

 

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