Le coup de la panne

Thera Explorer dans la nuit, photo Serge Briez, Cap médiations 2014

Lundi 2 et Mardi 3 Juin 2014

Après notre départ du Stromboli, la nuit est belle avec un bon petit vent qui monte doucement et tranquillement. Nous regardons dans la nuit noir, les explosions du Stromboli, ces petits éclats de lumière qui s’intensifient et se calment pour mieux s’illuminer de nouveau.

La mer est belle, vent de 5 à 7 noeuds de NE à E ( Nord Est à Est)  donc bien favorable mais pas assez puissant pour arrêter le moteur. Vers 7h00 du matin, le vent commence à s’intensifier pour passer à 12 noeuds ENE vers 9h00, nous prenons un ris dans la grand voile par précaution et pour éviter une gite inconfortable et contre productive. Nous coupons le moteur pour profiter tranquillement de ce bon vent favorable.

Thera Explorer, photo Serge Briez, Cap médiations 2014
Thera Explorer, photo Serge Briez, Cap médiations 2014

Vers midi le vent forci à 15 noeuds avec des rafales à 19 noeuds. Le pilote a du mal à tenir et nous gitons fortement, impossible pour moi de rentrer dans le bateau, le mal de mer n’est pas loin. Nous décidons de prendre un 2è ris dans la grand voile après avoir bien réduit le génois, le pilote ayant quelques difficultés à bien tenir ce vent dans les rafales. Pour faciliter la manœuvre et tenir plus aisément le bout au vent (bateau, face au vent de manière à déventer la grand voile), nous décidons de mettre un petit coup de moteur et là, on tourne la clef et rien n’y fait, le moteur ne veux pas démarrer.

La manœuvre de bout au vent est commencé, nous avons rentré le génois et je tiens difficilement la barre pendant que Serge tente de démarrer le moteur. Il tourne et retourne la clé. Le cri strident de l’alarme de préchauffage résonne mais aucun bruit de roulement du moteur ou de lancement du démarreur ne retenti. Uniquement ce cri strident et répétitif de l’alarme de préchauffage.

Je tiens la barre, toujours bout au vent alors que Serge à l’intérieur commence à ouvrir le moteur. Je reste ainsi, plusieurs minutes, un peu inutile, avec mon bateau plus vraiment manœuvrant puisque je suis bout au vent et les vagues qui nous arrivent dans le nez font que le bateau tape et se secoue. A l’intérieur, pour Serge le nez dans le moteur cela ne doit pas être de la rigolade, mais je met plusieurs minutes pour réagir.

Serge ressort pour me dire que le moteur ne démarrera pas et qu’il va devoir aller plus avant dans sa recherche de panne.

Je sort alors de mon espèce de léthargie et réalise que je suis resté bêtement boute au vent et que le bateau n’avance plus et se laisse secouer par les vagues qui nous arrivent dans le nez. Je réagit enfin, et comme toujours dans ce type de situation, je pause les choses.

Bon, la situation n’est pas mauvaise. D’accord, la mer est agitée, mais le vent est là, un peu fort mais rien de dramatique non plus et il me suffit de me remettre dans l’axe du vent pour que le bateau redevienne manœuvrant.  Le bateau avec sa grand voile seul reprend un peu de vitesse et cela ma calme. Après encore quelques minutes d’hésitation, Serge toujours le nez dans le moteur cherchant la panne, je remet un peu de génois et puis on reprend notre route. Le pilote assure. Je surveille qu’il n’a pas de soucis, mais tout va bien et puis peu à peu le vent se calme.

Je me pause, il va falloir gérer la situation au mieux. Serge va chercher la panne et en attendant, il va falloir essayer de se rapprocher de notre destination. Il faudra étudier les cartes météo et préparer la suite. Comme toujours quand la situation devient compliquée, après le choc, je me met en mode technique : traiter chaque problème l’un après l’autre et mettre de côté les émotions. Il sera bien temps de s’en occuper quand toutes les solutions possibles auront été traitée.

Serge reste le nez dans le moteur essayant désespérément de trouver la panne, après avoir testé les contacts au niveau de la clef, vérifié que le courant passait bien lorsqu’il tourne la clef, vérifié les contacts et la charge au niveau des batteries ,… Le démarreur ne faisant pas le moindre hoquet, la conclusion s’impose, le problème vient du démarreur.

A 15h00, le vent faiblit, 10 Noeuds plein Est, Thera explorer avance toujours, 4 noeuds, mais le vent faiblit encore.

A 17h00, vent à 5 noeuds variable, Serge continue à chercher la panne, comme il nous reste plus de 200 milles (environ 400 km) à parcourir à moins de 8 km/h (3.5 noeuds) nous décidons de mettre toute la toile en notre possession, donc ajout de la trinquette, en plus du génois. Comme nous sommes à 60° du vent soit assez prés du vent, cela devrait permettre d’augmenter la vitesse du bateau et en cas de coup de vent, il suffira de rentrer le génois, la trinquette sera plus stable que le génois enroulé et plus efficace aussi.

Donc nous avançons doucement, toutes voiles dehors, Grand voile, génois et trinquette. Le vent reste instable jusqu’à 20h00. Serge a passé une bonne partie de l’après-midi dans le moteur, mais il prend quand même le premier quart, de 21h00 à minuit.

Serge Briez pendant son quart de nuit sur Thera Explorer, photo Serge Briez, Cap médiations 2014
Serge Briez pendant son quart de nuit sur Thera Explorer, photo Serge Briez, Cap médiations 2014

Je me sent épuisé, mais le sommeil ne vient pas, le vent grimpe et rapidement, j’entends Serge qui se débat pour rentrer le génois. Le vent est passé au nord et continue de grimper. Je sort pour l’aider mais tendu, il me répond assez sèchement et dans l’effort d’aller me coucher, « tout va bien ». Je n’insiste pas et vais noter dans le livre de bord la rentrée du génois. Serge rentre le génois, Trinquette + grand voile. Thera explorer file ses 5 à 6 noeuds à 5° du cap que nous devrions faire. Vu les circonstances, c’est plutôt une bonne avancée. Je vais me coucher, j’aurais besoin de toutes mes forces pour mon quart et la journée à venir.

de minuit à 4h00, le vent tient ses 12 à 15 noeuds de NNE (Nord Nord Est ), je peux donc améliorer le cap et le voilier file ses 4 à 5 noeuds dans le cap. Serge n’en pouvais plus et il a attendu minuit et quart pour me réveiller, il a un peu dormi la haut. A présent, nous avons un peu moins de vitesse, mais un meilleur cap. C’est un choix délicat, mais j’ai peur que le vent tourne NW (Nord Ouest) et que nous ayons plus de mal à remonter au vent, alors je préfère optimiser le cap plutôt que la vitesse du bateau. A 4h00, le vent mollissant à 8/10 noeuds, j’ajoute un peu de génois, avant d’aller prendre ma part de sommeil.

A 8h00, la mer est calme, le vent à 5/6 noeuds NNW, toutes les voiles sont de sortie : génois, trinquette et grand voile, pour maintenir notre vitesse à 3 noeuds, nous perdons du cap, nous descendons plus au sud, il fallait s’y attendre, à la voile seule, il est impossible d’avancer face au vent, comme nous ne savons pas comment cela va évoluer, nous tentons de rester au plus près du cap et de nous rapprocher au mieux de la côte, Sardaigne ou Corse. Nous préférons la Corse mais le vent fait ses propres choix.

Serge prépare un bon petit déjeuner, une grosse journée nous attend, moi à surveiller l’avancée du bateau et Serge le nez dans le moteur pour tenter de le faire démarrer. Les œufs frais à la poêle et le pain grillé font des merveilles pour vous remettre le pied à l’étrier.

La journée se déroule paisiblement, le vent se maintien à 8 /10 noeuds et tourne peu à peu au Nord Ouest, nous devons donc prendre un cap plus au sud et nous devrons comme je le craignais tirer des bords pour rejoindre les bouches de Bonifacio. Thera Explorer tient difficilement ses 3 à 5 noeuds de vitesse en fonction du vent. J’évite de trop regarder les estimations du Raymarine qui nous annonce une centaine d’heures avant d’approcher des bouches de Bonifacio. La journée est paisible, mais fatigante.

Serge se casse le dos et les bras en démontant le démarreur pour constater qu’un fil sous le moteur a été sectionné. La panne pourrait bien venir de là. Après avoir trouvé une solution pour remplacer ce fil, mon Macgyver préféré déclare forfait, il n’arrivera pas à remonter ce foutu démarreur placé derrière une cloison et qu’il a déjà eu tant de mal à démonter.

A midi, le bon repas de saucisses de Sicile au fenouil et aux épices accompagnées de légumes et pomme de terre nous a bien remonté le moral, mais la fatigue se fait sentir. Vers 17h00, les 7/8 noeuds de vent NNW nous permettent à peine de maintenir nos 3 noeuds de vitesse et puis le vent tourne et devient très instable. En s’écartant le moins possible du cap, le bateau avance mollement à 2/3 noeuds.

Vers 18h00 un grand groupe de dauphins bleus et blancs, étalés sur la mer croisent notre route. Ils sont très nombreux, mais notre bateau presque à l’arrêt ne les intéresse pas, ils préfèrent passer leur chemin. La nuit sera bientôt là et nous devons nous préparer à prendre notre mal en patience.

Texte d’Agnès Briez, photos Serge Briez, Cap médiations 2014

 

 

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