Dans les courants de Messine

Détroit de Messine, vue sur la Sicile de Thera explorer, photo Serge Briez, cap médiations 2014

Vendredi 30 et Samedi 31 Mai 2014

Départ de Syracuse, détroit de Messine, Lipari, îles éoliennes

En partant de Syracuse, ce matin à 2 h, nous savions que la journée serait longue et la navigation certainement pointue. Se lever à 2 h, cela n’est finalement pas si dure que ça, après plusieurs semaines de quart de nuit, et même si nous adorons cette ville, nous savons que nos prochaines destinations seront de nouvelles aventures. La nuit est bien calme, un bateau de pêche appareille et ride l’eau du port pour nous montrer le chemin. La ville est belle endormie, elle manque malgré tout un peu de sa majesté de jour, car les éclairages des monuments sont médiocres.

Au revoir Syracuse, nous reviendrons bientôt car on nous avons encore pleins d’histoires à y vivre et de belles rencontres à faire et puis ta salade d’orange et les spaghettis au pesto et à l’encre de Salvatore Russo vont bien vite nous manquer. Le goût à sa propre mémoire et ceux de Syracuse sont venus réveiller mes origines Siciliennes, alors maintenant que la mémoire est revenue…

Passées les difficultés de la baie, je prends le 1er quart et Agnès va se reposer, enfin elle va essayer car on a du vent dans le nez et une mer courte pas confortable du tout. Huit jours d’escale nous ont un peu fait oublier que la mer fait ce qu’elle veut quand elle veut. Vers 4h30 l’horizon commence à pâlir et les flancs de l’Etna très urbanisés scintillent de mille feux, le réglage des voiles n’est pas évident car le vent n’est pas encore bien établi et on galère un peu.

Dans le soleil levant un cargo en attente est mis en scène sous l’Etna par un éclairage magistral, c’est un spectacle que la nature nous offre et nous en profitons malgré les mauvaises conditions de navigation. Nous reviendrons aussi en Sicile pour l’Etna.

Cargo sous l'Etna au lever du soleil, photo Serge Briez, Cap médiations 2014
Cargo sous l’Etna au lever du soleil, photo Serge Briez, Cap médiations 2014

Comme par magie le thermique de fin de nuit s’apaise et la mer devient toute douce.

Le passage Sud/Nord du Détroit de Messine prend un sens particulier lorsque l’on prépare sa traversée. A l’aller, nous avons eu la chance de passer à la fois dans le meilleur sens et avec une météo idéale. Nous savons déjà que nous aurons du vent dans le nez (20 nœuds minimum) par contre nous arriverons à l’entrée vers 15h pour la bascule du courant venant de Gibraltar, ce qui nous permettra de bénéficier d’un courant favorable sur une bonne partie de la traversée. On a beau être passé là il y quelques semaines, le passage n’est pas le même, l’ambiance même n’a rien à voir, de lourds nuages plombent les montagnes de Sicile et donnent au détroit une perspective forcée aux éclairages changeants et contrastés.

Nous naviguons voile et moteur, et tout se passe bien. La puissance de Thera Explorer nous y aide bien et nous passons sans difficultés les bras de fort courant qui font bouillonner l’eau devant nous. C’est un spectacle et des sensations étranges de percevoir les vibrations sur la coque quand nous traversons ces marmites du diable que sont les tourbillons. Par endroit, la mer est comme cabossée, avec des altitudes différentes et des rythmes contradictoires. La beauté du spectacle fait passer le temps de la traversée rapidement, ciel, nuages, mer, courants, la ville également presque à portée de main. Les ouvrages d’art de Régio de Calabre sont chargés du trafic routier et ferroviaire. Les ferrys font des rondes incessantes en traversant à grande vitesse le détroit sans nous prendre en compte. Aujourd’hui le trafique maritime est faible, aucun navire commercial ne croisera notre route. Et puis rapidement nous arrivons à l’extrémité du détroit.

Je souhaite pouvoir filmer les tourbillons légendaires de Charybde, aussi nous traversons le détroit pour nous rapprocher des fameux tourbillons. De nombreuses barques de pêches sont sur secteur. Les forts courants favorisent l’abondance des espèces. Les bateaux de pêcheurs d’espadon sont de sortie. Étranges architectures, avec leur vigie en nid d’aigle dominant les flots de plus de 10 mètres. Deux hommes sont à la veille en haut du nid d’aigle et transmettent leurs informations au harponneur campé sur une fine passerelle qui surplombe les flots à l’étrave. Le but est de repérer bien en amont les espadons qui font la sieste sous le soleil en se laissant masser par les courants. C’est une pêche traditionnelle et seuls quelques bateaux la pratiquent encore. Je ne suis pas vraiment un adepte de la pêche «au gros», depuis que nous vivons sur l’eau des aventures particulières avec les dauphins et les baleines qui nous ont montré une autre façon de vivre la mer. Mais le spectacle est impressionnant. Les bateaux sillonnent à vive allure les bras de courants et les vigies font leurs signalements alors, le bateau change brusquement de cap et ça doit remuer fort là-haut. Pas de prise à l’horizon et c’est tant mieux.

Bateau de peche à l'espadon, Nord du détroit de Messine, photo Serge Briez, Cap médiations 2014
Bateau de peche à l’espadon, Nord du détroit de Messine, photo Serge Briez, Cap médiations 2014

Nous arrivons dans Charybde la légendaire, qui englouti les navires et leurs équipages. On s’attend, à tout instant, à se faire avaler par un tourbillon monstrueux comme Ulysse. La mer est compressée, tordue comme un linge qu’on essore à pleines mains puis tout à coup un bras de courant fuit vers le large et le bateau gagne quelques nœuds. 5 nœuds de courant favorables, nous font sortir au galop du détroit et la légendaire Sylla est juste en face de nous sous la blondeur des lumières de fin de journée.

Ce passage de Messine a été comme une coupure dans le temps, un long moment où l’on retient son souffle en pensant que quelque chose de spécial, de fantastique va se produire. Pour cette fois, Messine a conservé ses mystères même si l’on sent bien que sa triste réputation n’est pas surfaite. On est heureux de revoir les îles éoliennes toutes proches et le détroit derrière nous. Lipari nous attend dans un coucher de soleil infini et dramatique.

Texte et photos de Serge Briez, Cap médiations 2014

2 Comments

  1. Merci pour ce voyage que nous partageons avec vous!! ici les rorquals sont arrivés!! à très bientôt! des bises!

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