Pétole

Thera explorer dans la pétole, photo Serge Briez, Cap mediations 2014

Jeudi 22 Mai 2014

Quelle journée!

Cette journée de rêve a commencé, comme beaucoup d’autres en mer. Une nuit radieuse seul sous les étoiles et cotonneuse du réveil difficile du quart qui découpe la nuit en tranches.

Mais aujourd’hui, c’est notre 4ème anniversaire de mariage et je ne sais pas encore comment, ni pourquoi mais la journée a déjà un parfum de fête. Je ne suis pas trop doué pour les fêtes qu’il faut fêter parce que c’est l’heure et Agnès oublie très souvent les anniversaires. Alors je m’en remets à ce que je sais faire de mieux : puiser dans cette journée, et l’extraordinaire beauté qui nous saisit à chaque instant, pour en offrir un bouquet à ma belle. J’en profite aussi, le corps et l’esprit plein du bonheur de cette journée divine, merci Sappho.

Thera explorer dans la pétole, photo Serge Briez, Cap mediations 2014
Thera explorer dans la pétole, photo Serge Briez

C’est là qu’Agnès, tout au bien-être du beau bouquet de bonheur que je lui ai offert, toujours prête à partager les beaux moments, me plante : «Tu vas filmer ?».
J’étais si douillettement lové dans mon bonheur à goûter toutes les saveurs et les splendeurs de ces moments de mer. J’ai dit : «C’est trop beau pour en parler. Comment dire et montrer ce qui ne peut pas l’être ?».

La mer nous entoure. Nous sommes au centre d’un univers de douceur, de lenteur, de sensualité. Chaque courbe effleure les rayons de soleil, là, bien en face, et jaillissent des étincelles, des étoiles et puis c’est fini et ça recommence à l’infini aussi loin que se porte le regard.
Combien ? 10 milles, 20 milles nautiques. On ne sait pas et le temps ne compte plus.

La mer fait sa peau de douceur, son gros câlin au soleil, montre ses rondeurs, ses courbes. Toutes les nuances viennent rider la surface, jusqu’à la profondeur de l’eau qu’on sent agité par tant de calme.
C’est «pétole». La mer est en vacances et nous aussi. Elle, dont on regarde chaque signe, dont on scrute l’horizon, tout le temps, pour savoir ce qu’elle va faire, essayer d’anticiper un peu, pour être dans son rythme, juste être dans le bon tempo, car quand elle swingue on swingue aussi.

Thera explorer dans la pétole, photo Serge Briez, Cap mediations 2014
Thera explorer dans la pétole, photo Serge Briez, Cap mediations 2014

«La mer est notre mère», on le sait profondément, quand on navigue entre ciel et terre sur les océans, sans autre but que de partager ses émotions, ses beautés, ses violences, ses surprises, ses initiations.
Nous traversons la mer ionienne, entre la Grèce, que nous avons quitté hier soir, en laissant le cap Leucade au couchant, derrière nous, et droit devant vers la Sicile : Syracuse. 2 jours et 2 nuits d’océan a tous les 3 (Thera Explorer, Agnès et moi). Nous voilà à mi-chemin, dans le calme étrange de cette fin de journée, à boire une bière en écoutant Sting. Agnès swing dans le soleil couchant. Ce n’est que du bonheur tout ça.

C’est si difficile à construite le bonheur ?

Il faut avoir trois ingrédients : du désir, de l’amour pour tout et du courage car il en faut un paquet pour être heureux et surtout continuer à l’être quand on est un homme sur notre terre si étrange. Notre vie se bâtit au rythme de nos rêves. Réaliser ses rêves, c’est ainsi que ma vie a commencé et depuis 59 ans, je l’avoue, je n’ai pas fait grand chose d’autre.

Je suis un gros glandeur, bien convaincu que tout ce que l’on fait de bon pour soi est bon pour l’humanité. Alors, pourquoi s’en priver c’est même un devoir d’ÊTRE, non ?

Revenons à cette «pétole». Les marins ont l’habitude d’en parler comme d’un temps transitoire entre 2 coup de vents, là où enfin il y a du boulot, envoyer les voiles, réduire, changer le cap, barrer efficace, faire la route, le plus vite possible, aller vers sa destination comme un homme actif.

Et bien, moi, j’adore la «pétole». J’adore les tempêtes, mais çà c’est parce que je ne peux pas faire autrement. Quand on y est, ou on meure de peur, ou on tombe dans l’extase.

La «pétole», c’est autre chose. Il faut savoir s’y adonner. C’est un long et difficile apprentissage. Il faut savoir contempler, seulement, respirer l’air des millions d’étincelles qui éclatent sur l’eau, onduler sur la moindre ride d’eau turquoise puis indigo. Il faut «prendre le temps» quelle expression… Je m’en rends compte, en l’écrivant, je vais dire maintenant «vivre le temps».

Je pense qu’on n’est pas bien plus avancés qu’au début. Comme je l’ai dit tout à l’heure à Agnès quand elle m’a dit «tu vas filmer ?», en voyant tant de beautés autour de nous. Je lui ai répondu : «Non, il y a des choses qu’on ne peut pas raconter, ni photographier, ni filmer. Ça se vit. Seul ceux qui vont sur la mer connaissent ça…»

Et voilà le gros bug, je me suis dit : «Comment ? Tu ne peux pas partager ce que tu ressens, ce que tu vois, ce que tu éprouves, ce que tu sens par toutes les molécules de ton corps ?».

Alors j’ai regardé, j’ai fait des images et j’ai trouvé les rides sur l’eau, les étoiles sur la mer, les hanches des vagues, ondulantes, comme des femmes avides de caresses, et tout ça et tout çà mais je te le dis je ne t’en dirai pas plus car il faut que tu viennes vivre ça, aussi.

Du centre du monde entre Grèce et Sicile, là où rien n’est plus important qu’un souffle d’air au soleil couchant sur le visage.

Pour nos 4 ans de mariage, c’est aujourd’hui sur cette terre qui est si belle et toi aussi.

Texte et photos de Serge Briez, Cap médiations 2014

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